Une nouvelle étude internationale apporte un espoir important dans la prévention cardiovasculaire chez les personnes atteintes de diabète. Des chercheurs américains ont montré qu’un traitement habituellement réservé aux patients souffrant déjà d’athérosclérose pourrait aussi protéger les diabétiques à haut risque qui n’ont encore jamais fait d’infarctus ni d’accident vasculaire cérébral (AVC).
Cette découverte pourrait modifier la manière dont les médecins prennent en charge les patients diabétiques les plus exposés aux complications cardiovasculaires.
Le diabète augmente fortement les risques cardiovasculaires
Le diabète de type 2 est aujourd’hui l’une des principales causes de complications cardiovasculaires dans le monde. Lorsqu’il est mal contrôlé ou présent depuis de nombreuses années, il fragilise progressivement les artères et augmente le risque de :
- crise cardiaque,
- AVC,
- insuffisance cardiaque,
- maladies coronariennes,
- problèmes de circulation sanguine.
Les personnes diabétiques présentent souvent plusieurs facteurs de risque associés, comme l’hypertension artérielle, le surpoids ou un excès de cholestérol LDL, souvent appelé « mauvais cholestérol ».
Or, ce cholestérol LDL joue un rôle majeur dans la formation de plaques graisseuses sur les parois des artères. Avec le temps, ces dépôts peuvent obstruer les vaisseaux sanguins et provoquer des accidents cardiovasculaires parfois graves.
Un traitement déjà connu contre le cholestérol
Depuis plusieurs années, certains médicaments appelés inhibiteurs de PCSK9 sont utilisés chez des patients souffrant déjà de maladies cardiovasculaires importantes.
Ces traitements permettent de faire baisser très fortement le taux de cholestérol LDL dans le sang.
Parmi eux, l’évolocumab est l’un des plus connus. Il agit en aidant l’organisme à éliminer davantage de mauvais cholestérol circulant.
Jusqu’à présent, ce type de traitement était surtout réservé :
- aux patients ayant déjà subi un infarctus ou un AVC,
- ou aux personnes présentant une athérosclérose avancée.
Mais les chercheurs ont voulu savoir si ces médicaments pouvaient aussi être utiles avant même l’apparition d’une maladie cardiovasculaire déclarée.
Une étude menée dans 33 pays
Pour répondre à cette question, des scientifiques du Mass General Brigham, aux États-Unis, ont réalisé un vaste essai clinique international.
L’étude a porté sur 12.257 patients diabétiques provenant de 33 pays différents.
Tous les participants présentaient :
- un diabète à haut risque,
- un taux élevé de cholestérol LDL,
- mais aucun antécédent d’infarctus ni d’AVC.
L’âge moyen des participants était de 65 ans.
Les chercheurs ont défini le diabète « à haut risque » par plusieurs critères :
- maladie présente depuis au moins 10 ans,
- insulinothérapie quotidienne,
- ou complications microvasculaires liées au diabète.
Les volontaires ont été séparés en deux groupes :
- un groupe recevant des injections d’évolocumab toutes les deux semaines,
- un autre recevant un placebo.
Tous continuaient également leurs traitements habituels contre le cholestérol, notamment les statines et l’ézétimibe.
Une forte baisse du mauvais cholestérol
Les résultats observés ont été particulièrement encourageants.
Chez les patients ayant reçu l’évolocumab, les chercheurs ont constaté une baisse d’environ 60 % du taux de cholestérol LDL.
Après 48 semaines :
- le taux moyen de LDL était de 52 mg/dL dans le groupe traité,
- contre 111 mg/dL dans le groupe placebo.
Cette diminution importante montre l’efficacité du traitement pour contrôler le mauvais cholestérol chez les personnes diabétiques à haut risque.
Moins d’infarctus et d’AVC
Mais le point le plus important concerne surtout les événements cardiovasculaires.
Les chercheurs ont observé :
- 127 événements cardiovasculaires majeurs dans le groupe évolocumab,
- contre 178 dans le groupe placebo.
Ces événements incluaient :
- infarctus du myocarde,
- AVC,
- maladies coronariennes graves.
Autrement dit, les patients recevant l’évolocumab présentaient un risque plus faible de développer une complication cardiovasculaire majeure.
Les décès étaient également moins nombreux :
- 136 décès dans le groupe traité,
- contre 172 dans le groupe placebo.
Ces résultats suggèrent qu’une réduction intensive et précoce du cholestérol pourrait protéger les personnes diabétiques avant même l’apparition d’une maladie cardiovasculaire connue.
Un traitement bien toléré
Autre élément rassurant : la sécurité du traitement.
Les chercheurs ont comparé les effets indésirables entre les deux groupes sur plusieurs années.
Le taux d’effets secondaires à cinq ans était :
- de 5 % chez les patients traités par évolocumab,
- contre 7,1 % chez ceux ayant reçu le placebo.
Les événements indésirables graves restaient similaires entre les deux groupes, ce qui indique une bonne tolérance générale du médicament.
Cela pourrait permettre une utilisation plus large chez certains profils de patients particulièrement exposés.
Pourquoi le cholestérol LDL est si dangereux
Le cholestérol LDL est souvent qualifié de « mauvais cholestérol » car il favorise l’accumulation de plaques graisseuses dans les artères.
Lorsque ces plaques grossissent :
- les artères deviennent plus étroites,
- la circulation du sang diminue,
- le risque de caillot augmente.
Si un caillot bloque une artère du cœur, cela peut provoquer un infarctus.
S’il bloque une artère du cerveau, cela peut entraîner un AVC.
Les personnes diabétiques sont particulièrement vulnérables car leur glycémie élevée fragilise déjà les vaisseaux sanguins.
C’est pourquoi le contrôle du cholestérol constitue un élément essentiel de la prévention cardiovasculaire.
Une nouvelle approche de la prévention
Selon les auteurs de l’étude, ces résultats pourraient faire évoluer les recommandations médicales dans les années à venir.
Le cardiologue Nicholas A. Marston, auteur principal des travaux, estime que cette étude montre l’intérêt d’une prise en charge plus précoce et plus intensive du cholestérol chez les patients à haut risque.
Pendant longtemps, les traitements très puissants contre le cholestérol étaient réservés aux patients ayant déjà développé une maladie cardiovasculaire.
Mais cette stratégie pourrait changer.
L’idée serait désormais :
- d’agir avant l’apparition des complications,
- afin de prévenir les infarctus et les AVC chez les personnes les plus exposées.
Les traitements ne remplacent pas l’hygiène de vie
Même si ces résultats sont prometteurs, les spécialistes rappellent qu’aucun médicament ne remplace les bonnes habitudes quotidiennes.
Pour limiter les risques cardiovasculaires lorsqu’on est diabétique, il reste essentiel :
- d’avoir une alimentation équilibrée,
- de limiter les produits ultra-transformés,
- de pratiquer une activité physique régulière,
- de surveiller sa tension artérielle,
- d’éviter le tabac,
- et de contrôler sa glycémie.
Le suivi médical régulier reste également indispensable pour adapter les traitements selon le profil de chaque patient.
Des recherches encore nécessaires
Les chercheurs soulignent enfin que d’autres études devront être menées afin de confirmer ces résultats sur le long terme.
Ils souhaitent notamment déterminer :
- quels patients bénéficieraient le plus de ce traitement,
- à partir de quel niveau de risque il faudrait intervenir,
- et si les bénéfices observés concernent aussi d’autres populations à risque.
Mais une chose semble déjà claire : le contrôle intensif du cholestérol pourrait devenir un outil majeur pour prévenir les complications cardiovasculaires liées au diabète.
Avec l’augmentation constante du nombre de personnes diabétiques dans le monde, cette avancée pourrait concerner des millions de patients dans les prochaines années.
