Chaque visite médicale inclut une mesure de la tension artérielle. Pourtant, la plupart d’entre nous connaissent mal la signification des deux chiffres affichés par le tensiomètre. Le premier correspond à la tension systolique (la pression lors de la contraction du cœur) et le second à la tension diastolique (la pression lorsque le cœur se relâche et se remplit de sang).
Mais que signifie une tension diastolique trop élevée ? Quelles en sont les causes, les risques et surtout les moyens de la contrôler ? Le Pr Alain Furber, cardiologue et président de la Fédération Française de Cardiologie (FFC), nous aide à y voir plus clair.
Qu’est-ce que la tension diastolique ?
La tension artérielle exprime la force avec laquelle le sang circule dans nos artères. Elle est composée de deux valeurs :
- La systole : quand le cœur se contracte et éjecte le sang.
- La diastole : quand le cœur se relâche et se remplit à nouveau de sang.
Chez les personnes jeunes (moins de 65 ans), il n’est pas rare de rencontrer une hypertension principalement diastolique, même si la tension systolique reste normale (inférieure à 140 mmHg). Avec l’âge, l’inverse se produit : les artères se rigidifient, favorisant surtout l’hypertension systolique.
Les causes d’une tension diastolique élevée
L’hypertension diastolique est généralement multifactorielle. Plusieurs éléments du mode de vie peuvent l’aggraver :
- Une alimentation trop riche en sel.
- Le surpoids et l’obésité.
- Le manque d’activité physique.
- Les troubles du sommeil (apnée, insomnie chronique).
- La consommation excessive d’alcool.
- Le tabac et certaines drogues (cocaïne, amphétamines).
- Certains médicaments (contraceptifs oraux, corticoïdes, anti-inflammatoires).
Dans de plus rares cas, des maladies sous-jacentes peuvent être responsables :
- Sténose des artères rénales, qui réduit le flux sanguin vers les reins.
- Maladies chroniques provoquant une insuffisance rénale.
Enfin, une prédisposition génétique joue souvent un rôle, notamment lorsqu’un parent a souffert d’hypertension précoce.
Quand faut-il s’inquiéter ?
La tension diastolique est considérée comme élevée à partir de :
- 90 mmHg en consultation médicale.
- 85 mmHg en automesure ou via un holter tensionnel (MAPA).
Une hypertension diastolique peut être isolée (uniquement le deuxième chiffre est élevé) ou associée à une hypertension systolique. Dans les deux cas, elle doit être prise au sérieux car elle augmente le risque de complications cardiovasculaires.
Quels sont les symptômes ?
L’hypertension diastolique est surnommée le « tueur silencieux » car elle est souvent asymptomatique.
Dans la majorité des cas, le patient ne ressent rien. Cependant, elle peut être découverte fortuitement lors d’un examen de routine ou à l’occasion d’un problème grave : infarctus, AVC, angine de poitrine.
D’où l’importance de contrôler régulièrement sa tension, même en l’absence de symptômes.
Comment diagnostiquer une hypertension diastolique ?
Le diagnostic se fait en plusieurs étapes :
- Mesure en cabinet médical : si les chiffres dépassent 140/90 mmHg, le médecin suspecte une hypertension.
- Automesures à domicile : recommandées pour éviter l’effet « blouse blanche » (élévation de la tension due au stress du rendez-vous médical).
- 3 mesures le matin (intervalle de 2 min).
- 3 mesures le soir.
- Pendant 3 jours consécutifs.
- Holter tensionnel (MAPA) : un brassard enregistre la tension pendant 24h, y compris durant le sommeil.
Ces outils permettent de confirmer ou d’infirmer le diagnostic et d’adapter le traitement.
Comment faire baisser la tension diastolique ?
Quand elle se situe entre 90 et 100 mmHg
À ce stade, un traitement médicamenteux n’est pas systématique. Des changements d’hygiène de vie peuvent suffire :
- Perdre quelques kilos si nécessaire.
- Réduire sa consommation d’alcool.
- Arrêter le tabac.
- Limiter fortement le sel (moins de 5 g/jour selon l’OMS).
- Faire au moins 150 minutes d’activité physique par semaine.
- Adopter un régime alimentaire équilibré (riche en fruits, légumes, fibres, pauvre en graisses saturées).
Quand elle dépasse 100 mmHg
Un traitement médicamenteux est souvent nécessaire. Le médecin commence par une monothérapie (un seul médicament). Si le résultat n’est pas satisfaisant, il ajuste en testant plusieurs associations jusqu’à trouver la formule adaptée.
Ce processus peut durer plusieurs mois mais permet de stabiliser durablement la tension. Un suivi régulier est indispensable, surtout dans les premiers mois.
Pourquoi est-ce important de la traiter ?
Ignorer une hypertension diastolique peut avoir de graves conséquences à long terme :
- Accidents cardiovasculaires : infarctus du myocarde, angine de poitrine.
- Accidents cérébraux : AVC, hémorragie cérébrale.
- Insuffisance rénale chronique.
Un dépistage précoce, associé à des mesures d’hygiène de vie et, si besoin, à un traitement, permet de réduire considérablement ces risques.
L’hypertension diastolique est un problème de santé souvent silencieux, mais aux conséquences potentiellement graves. Même si elle peut sembler anodine, une tension diastolique au-dessus de la norme nécessite une surveillance sérieuse et régulière.
La bonne nouvelle, c’est qu’une grande partie des cas peuvent être améliorés par des mesures simples : alimentation équilibrée, réduction du sel, perte de poids, activité physique régulière. Si cela ne suffit pas, un traitement personnalisé existe pour ramener la tension dans les valeurs normales.
Ne négligez pas la prévention : contrôlez régulièrement votre tension et consultez votre médecin au moindre doute.
