Un médicament pourtant utilisé depuis plusieurs années dans la prise en charge de l’angine de poitrine fait aujourd’hui l’objet de vives inquiétudes. Le nicorandil, prescrit notamment lorsque les traitements classiques ne sont pas adaptés, est accusé de provoquer des effets indésirables graves, parfois sous-estimés.
Dans une lettre ouverte adressée aux autorités sanitaires françaises, la revue indépendante Prescrire appelle à reconsidérer son utilisation, voire à l’écarter complètement des protocoles de soins. Cette prise de position relance le débat sur le rapport bénéfice/risque de ce médicament.
Qu’est-ce que le nicorandil et dans quels cas est-il prescrit ?
Le nicorandil est un médicament utilisé dans le traitement de l’angine de poitrine, également appelée angor. Cette pathologie cardiaque se manifeste par des douleurs thoraciques causées par un manque d’oxygène au niveau du muscle cardiaque.
Ce manque d’oxygénation est généralement lié à un rétrécissement des artères coronaires. Lorsque le cœur ne reçoit pas suffisamment de sang, des douleurs intenses apparaissent, notamment lors d’un effort physique ou d’un stress.
Le nicorandil appartient à la famille des vasodilatateurs. Son rôle est d’élargir les vaisseaux sanguins, en particulier les artères, afin d’améliorer la circulation sanguine et l’apport en oxygène au cœur.
Cependant, ce traitement n’est pas utilisé en première intention. Il est généralement prescrit lorsque les patients ne tolèrent pas ou ne répondent pas aux traitements classiques, tels que :
- les bêtabloquants
- les antagonistes calciques
On parle alors de traitement de “dernière intention”.
Une efficacité remise en question
Malgré son utilisation dans certains cas spécifiques, l’efficacité du nicorandil est aujourd’hui contestée par plusieurs experts.
Selon la revue Prescrire, les bénéfices du médicament dans la prévention des crises d’angine de poitrine ne sont pas clairement démontrés. Autrement dit, il n’existerait pas de preuve solide que ce traitement permet réellement de réduire les épisodes douloureux ou d’améliorer le pronostic des patients.
Cette remise en question est particulièrement préoccupante, car elle concerne un médicament prescrit à des patients déjà fragilisés sur le plan cardiovasculaire.
Dans ce contexte, la balance entre les bénéfices attendus et les risques encourus devient un élément central du débat médical.
Des effets secondaires graves et parfois méconnus
L’un des principaux points d’alerte concerne les effets indésirables associés au nicorandil. Ce médicament est notamment lié à la survenue d’ulcères, parfois sévères et difficiles à traiter.
Ces ulcérations peuvent apparaître dans différentes parties du corps :
- sur la peau, en particulier au niveau des jambes
- dans la bouche
- dans le tube digestif
- au niveau de l’anus ou des organes génitaux
- plus rarement au niveau des yeux
Ces lésions peuvent être très douloureuses et avoir un impact important sur la qualité de vie des patients. Dans certains cas, elles entraînent des complications graves nécessitant une hospitalisation ou une intervention chirurgicale.
Les premiers cas d’ulcères liés au nicorandil ont été signalés dès les années 1990. Depuis, plusieurs études et signalements ont confirmé ce risque.
Une étude menée par des centres régionaux de pharmacovigilance a recensé 62 cas entre 2017 et 2024. Toutefois, ces chiffres pourraient être largement sous-estimés, car tous les effets indésirables ne sont pas systématiquement déclarés.
Des complications pouvant être graves, voire mortelles
Au-delà des ulcérations, les complications liées au nicorandil peuvent être particulièrement sévères.
Parmi les conséquences rapportées :
- douleurs chroniques importantes
- troubles de l’alimentation
- perte de poids significative
- saignements digestifs
- abcès
- fistules
- perforations d’organes
Dans les cas les plus graves, ces complications peuvent mettre en jeu le pronostic vital. Des décès ont été rapportés, notamment en lien avec des perforations digestives.
Face à ces risques, la revue Prescrire estime que le nicorandil est “plus dangereux qu’utile” et recommande son retrait des protocoles de soins depuis plusieurs années.
Une alerte renouvelée auprès des autorités sanitaires
Le 9 mars, Prescrire a adressé une lettre ouverte aux principales autorités sanitaires françaises, notamment :
- l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM)
- la Haute Autorité de Santé (HAS)
Dans ce document, elle appelle à une action rapide pour limiter l’exposition des patients à ce médicament.
Malgré les alertes répétées, le nicorandil reste encore prescrit et remboursé en France. Selon les données mentionnées, près d’un million de boîtes ont été remboursées en 2024, concernant environ 71 000 patients.
Ces chiffres montrent que, malgré les controverses, ce traitement continue d’être utilisé à grande échelle.
Pourquoi le nicorandil est-il toujours utilisé ?
Plusieurs raisons expliquent la persistance de l’utilisation du nicorandil :
- Manque d’alternatives chez certains patients
Chez les patients intolérants aux traitements classiques, les options thérapeutiques peuvent être limitées. - Habitudes de prescription
Certains médecins continuent de prescrire ce médicament par habitude ou en raison d’expériences cliniques passées. - Retard dans la diffusion des alertes
Les recommandations évoluent parfois lentement, et tous les professionnels de santé ne sont pas immédiatement informés des nouvelles données. - Perception variable du risque
Les effets indésirables ne surviennent pas chez tous les patients, ce qui peut minimiser leur perception.
Quels sont les signes à surveiller ?
Les autorités sanitaires recommandent aux patients prenant du nicorandil d’être particulièrement vigilants face à certains symptômes.
Il est important de consulter rapidement un médecin en cas de :
- ulcères dans la bouche ou sur la peau
- douleurs abdominales persistantes
- saignements digestifs
- rougeur ou irritation des yeux
- amaigrissement rapide
- lésions au niveau des organes génitaux ou du périnée
Ces symptômes peuvent apparaître à tout moment du traitement, parfois après plusieurs mois d’utilisation.
En cas de suspicion d’effet indésirable, le médecin pourra décider d’arrêter définitivement le traitement.
Précautions et interactions médicamenteuses
Les patients traités par nicorandil doivent également être prudents en cas de prise d’autres médicaments.
Certains traitements, notamment les anti-inflammatoires ou d’autres médicaments cardiovasculaires, peuvent augmenter le risque d’effets indésirables.
Il est donc essentiel d’informer son médecin ou son pharmacien avant de commencer un nouveau traitement.
Vers une remise en question du traitement ?
La controverse autour du nicorandil illustre un enjeu majeur en médecine : la nécessité d’évaluer en permanence le rapport bénéfice/risque des médicaments.
Un traitement peut être utile dans certaines situations, mais devenir problématique si ses effets indésirables sont trop importants ou mal maîtrisés.
Dans le cas du nicorandil, les données actuelles incitent à la prudence. De nombreux experts appellent à limiter son utilisation, voire à le remplacer par des alternatives plus sûres lorsque cela est possible.
Le nicorandil, longtemps utilisé comme traitement de secours dans l’angine de poitrine, est aujourd’hui au cœur d’un débat médical important. Son efficacité est remise en question, tandis que ses effets indésirables, parfois graves, sont de mieux en mieux documentés.
Face à ces éléments, la vigilance est essentielle, tant du côté des professionnels de santé que des patients. Une meilleure information, un suivi attentif et une réévaluation régulière des traitements sont indispensables pour garantir une prise en charge sûre et efficace.
En attendant d’éventuelles décisions des autorités sanitaires, une chose est certaine : aucun traitement ne doit être poursuivi sans une évaluation claire de ses bénéfices et de ses risques.
