Ce fromage courant pourrait vous exposer à une infection sévère : ce que vous devez savoir
Fromages au lait cru, lait de chèvre fermier, produits artisanaux… Ces aliments, souvent associés au terroir et à la tradition culinaire française, pourraient cacher un risque sanitaire préoccupant. Un rapport récent de l’Anses (Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail) révèle un mode de transmission inattendu d’un virus dangereux pour l’être humain : le virus de l’encéphalite à tiques (TBEV).
Ce virus, jusqu’alors principalement transmis par morsure de tique, a été détecté dans des produits laitiers non pasteurisés, notamment des fromages au lait cru de chèvre. Un tournant dans la surveillance sanitaire alimentaire en France.
Une découverte récente et inquiétante
C’est en 2020 qu’un premier foyer d’infections humaines liées à la consommation de fromages au lait cru a été identifié en France. Depuis, une vingtaine de cas sont recensés chaque année, principalement dans les régions de l’Est et du Centre, selon le Dr Raffetin, infectiologue et coordinatrice du Centre de référence des maladies vectorielles à tiques Nord.
Le coupable ? Le virus TBEV, responsable de l’encéphalite à tiques. À la différence de la borréliose de Lyme, d’origine bactérienne, ce virus n’a pas besoin d’une piqûre de tique pour infecter l’humain. Il peut passer directement par l’alimentation, via du lait cru ou des produits laitiers issus d’animaux infectés.
Un danger invisible : des animaux infectés mais asymptomatiques
L’infection chez les animaux, notamment les chèvres, passe inaperçue. Elles ne présentent aucun symptôme, mais pendant les 7 premiers jours de l’infection, elles excrètent le virus dans leur lait. Ce lait, s’il n’est pas pasteurisé, peut ensuite contaminer les consommateurs via les produits transformés, comme les fromages.
« Les chèvres sont porteuses saines. Le virus est éliminé une fois que leur système immunitaire produit des anticorps, mais entre-temps, il peut se retrouver dans le lait », précise le Dr Raffetin.
Des symptômes souvent bénins… mais parfois graves
Chez l’être humain, l’infection peut passer totalement inaperçue, mais dans 10 à 30 % des cas, elle provoque des symptômes ressemblant à une grippe : fièvre, fatigue, douleurs musculaires, maux de tête.
Cependant, 20 à 40 % des personnes symptomatiques développent des complications neurologiques, telles que des méningites ou encéphalites, pouvant entraîner des séquelles durables et même une perte d’autonomie.
Une zone à risque : Auvergne-Rhône-Alpes en première ligne
Certaines régions sont particulièrement concernées. L’Auvergne-Rhône-Alpes, en raison de son nombre important d’élevages caprins et de la forte circulation du virus, est aujourd’hui la zone la plus exposée. Le risque pourrait s’étendre avec le changement climatique, qui favorise la prolifération des tiques.
Les recommandations sanitaires : comment se protéger ?
Face à ce risque, l’Anses a formulé plusieurs recommandations destinées aux éleveurs, producteurs et consommateurs :
Pour les éleveurs :
- Limiter l’accès des troupeaux aux zones boisées, riches en tiques, par des clôtures ou la rotation des pâturages.
- Surveiller la santé animale et tester les animaux dans les zones à risque.
- Envisager la pasteurisation du lait cru en cas de doute.
Pour les consommateurs :
- Privilégier les produits laitiers pasteurisés, en particulier dans les zones identifiées comme à risque.
- Éviter les fromages au lait cru pour les personnes vulnérables : enfants, femmes enceintes, personnes âgées ou immunodéprimées.
« Renforcer la surveillance dans les élevages, les produits laitiers et l’environnement est devenu essentiel », insiste Elsa Quillery, co-coordinatrice de l’expertise à l’Anses.
Une vigilance nécessaire
Si les produits au lait cru font partie du patrimoine gastronomique français, il est essentiel d’être informé des risques sanitaires émergents. Le virus de l’encéphalite à tiques, encore peu connu du grand public, pourrait devenir une menace plus importante dans les années à venir, notamment en lien avec les changements climatiques et les habitudes alimentaires.
Ce n’est pas une raison pour bannir tous les fromages au lait cru, mais une invitation à la vigilance et à l’adaptation, notamment dans les régions touchées.
